PSYCHOLOGIE: L’entraînement du gardien de but

214

Pourquoi de nombreux jeunes gardiens talentueux restent sur le carreau? Certains n’ont pas la personnalité requise, d’autres ne supportent pas la pression du haut niveau, et beaucoup ne savent pas patienter et persévérer en attendant leur chance. Toutes ces raisons sont liées à l’aspect émotionnel. Ce problème est amplifié par la société actuelle: les jeunes ont tendance à baisser les bras, habitués aux objectifs à court terme et au succès rapide. Un gardien de but doit montrer son meilleur niveau de façon permanente. Une bonne préparation psychologique est donc primordiale. Le coach, l’entraîneur des gardiens de but et le psychologue sportif doivent travailler en équipe.

Voici les compétences émotionnelles visées dans la formation des gardiens:

Assumer la solitude du gardien
Le gardien est un grand solitaire en raison de la spécificité de son poste et de la distance qui le sépare de ses coéquipiers sur le terrain. Alors que les contre-performances des autres joueurs peuvent passer inaperçues, celles du gardien sont bien plus visibles. Il est d’ailleurs assez seul, aussi bien dans les bons que dans les mauvais moments: il célèbre seul les buts marqués par son équipe et souffre seul les buts encaissés.

Participer activement au jeu
Il est difficile de maintenir la concentration nécessaire en intervenant peu dans le jeu. Pour y parvenir, le gardien doit travailler le jeu sans ballon. Le gardien doit être concentré en permanence, attentif aux actions de jeu, en état de vigilance ou d’alerte. Le psychologue influe sur le travail quotidien en évaluant si l’activation nerveuse est excessive ou insuffisante. Le gardien devra utiliser des méthodes de relaxation quand cette activation est excessive, ou d’énergétisation quand elle est insuffisante.

Diriger ses coéquipiers
Un bon gardien organise et dirige ses coéquipiers, en particulier les défenseurs. Cette tâche ne peut pas dépendre uniquement de la personnalité ou du caractère du gardien. “Il est muet, il ne parle pas”, se plaignent parfois les entraîneurs. Bon nombre d’entre eux pensent à tort que ce trait n’est pas modelable. Le psychologue sportif peut orienter la personnalité du gardien vers le leadership. Ce rôle est inéluctable, car le gardien dispose d’une position privilégiée pour observer le comportement de l’équipe et l’organiser.

Assumer l’erreur
Les erreurs du gardien sont plus déterminantes sur le résultat d’un match que celles des autres joueurs. Dans un logique émotionnelle, le gardien veille surtout à ne pas commettre d’erreur, ce qui le rend peu sûr de lui. Cette peur de la “toile” provoque les erreurs. Le gardien doit apprendre à vivre avec ce risque comme étant quelque chose d’inhérent à son travail. Victor Valdés a failli arrêté sa carrière à l’âge de 18 ans pour cette raison, mais a finalement réalisé un important travail psychologique pour assumer la possibilité de l’erreur.

Être sécurisant
Le gardien transmet ses émotions à son équipe et aux supporters. Un gardien peu sécurisant rendra le travail défensif plus difficile car ses coéquipiers manqueront de confiance en lui. On constate d’ailleurs souvent un silence du public lors d’une intervention du gardien lorsqu’il est perçu comme peu sécurisant. Le gardien est un émetteur d’états émotionnels. C’est pourquoi ses premières interventions du match doivent être simples et sans hésitation. En fin de rencontre, c’est tout le contraire: il devra souvent prendre plus d’initiatives pour transmettre un contrôle de la situation. Le gardien peut marquer le tempo, ce qui est difficile à apprendre, car chaque intervention provoque une montée d’adrénaline. Dans les phases d’attaque de l’adversaire, il doit calmer son équipe pour reprendre le contrôle du match. A l’inverse, il doit augmenter son activation nerveuse pour ne pas se déconnecter du jeu durant les phases où il n’est pas sollicité.

La progression comme objectif
Le gardien a tendance à se fixer le succès comme objectif: être titulaire, ne pas encaisser de but, arrêter un penalty, reconnaissance dans la presse… Lorsqu’il n’y parvient pas, il se démotive et pense avoir perdu la confiance de l’entraîneur. Le gardien doit aussi avoir d’autres objectifs pour l’aider à travailler et à se motiver quotidiennement, même s’il est remplaçant. Sa titularisation ne dépend pas de lui, mais de l’entraîneur. Se motiver à chaque entraînement à travers des objectifs de progression est la meilleure voie vers la titularisation. L’entraîneur des gardiens de but joue un rôle fondamental dans cette lutte contre la démotivation du remplaçant et la relaxation du titulaire. Chaque entraînement doit être orienté vers une amélioration concrète. L’échauffement et l’entraînement de veille de match influent énormément sur la confiance du gardien lors d’une rencontre. L’entraîneur du gardien doit lui donner la sensation de contrôler toutes les facettes du jeu.

La patience
Peu de gardiens ont réussi très jeunes. Buffon, Casillas ou Courtois sont des exceptions. Dans la plupart des cas, un gardien joue assidûment à partir de 25 ans. Les entraîneurs ont tendance à privilégier l’expérience du gardien “vétéran”, c’est pourquoi un gardien impatient survivra difficilement dans le football professionnel. Iker Casillas en est la preuve vivante. Malgré son statut incontesté de star, le gardien madrilène a assumé et travaillé patiemment malgré la titularisation de Diego Lopez, et a joué un rôle prépondérant en Ligue des Champions ainsi que dans la victoire en Coupe d’Espagne.

Accepter la critique
Le footballeur est exposé comme un objet dans une vitrine. Il est diffcile de s’isoler, et tous les joueurs ont eu la sensation d’être observés et jugés par le grand public. C’est une cause de baisse de niveau. Même s’ils ne l’avouent pas, les joueurs lisent pratiquement tout ce qui se publie sur eux. Il faut donc fournir au gardien les armes psychologiques pour survivre aux critiques. Là encore, un bel exemple de cet saison est le madrilène Diego Lopez. Depuis sa titulatisation, certains médias ont vivement critiqué le choix de l’entraîneur, allant même jusqu’à inventer une mésentente avec son coéquipier Iker Casillas. Diego Lopez a su s’isoler pour jouer à un très haut niveau.

Confiance en soi
Le gardien doit gagner en confiance grâce à son travail. Ce n’est pas à l’entraîneur de lui “offrir” cette confiance. Il s’agit là d’une attente illégitime de la part de nombreux footballeurs. C’est au joueur de convaincre son entraîneur, ce qui n’est possible qu’à travers la confiance en soi. Il doit la préserver, même si l’entourage doute de ses capacités. Les jeunes joueurs sont fragiles, c’est pourquoi il faut les épauler psychologiquement pour naviguer entre ces doutes.

Être quotidiennement compétitif
Les jeunes gardiens pensent souvent à tort qu’ils perdent leur temps lorsqu’ils sont remplaçants. En réalité, ils perdent l’opportunité d’être compétitifs. L’entraînement est l’occasion d’entrer en concurrence avec le gardien titulaire, dans un bon esprit et à travers le travail bien fait. Ce duel va parfois au-delà du terrain et le gardien plus expérimenté contrôle certains aspects qui finissent par destabiliser le plus jeune. Il est important que l’entraîneur de gardiens crée une ambiance de concurrence saine entre ses disciples dès l’avant saison. Tous les gardiens pensent qu’ils s’agit du moment clé pour gagner la place de titulaire. Bon nombre de gardiens se relâchent après la première journée de championnat et ne travaillent plus avec l’intensité nécessaire. Il s’agit d’une erreur commune aux gardiens titulaires (qui pensent avoir atteint l’objectif de la saison) et aux remplaçants (qui assument mal leur rôle et baissent les bras).

Contrôler l’anxiété, le stress et la colère
Les difficultés peuvent provoquer une multitude de réactions en fonction de la personnalité du joueur: irritation, anxiété, colère, démotivation… Contrôler ces émotions est essentiel pour qu’elles ne nuisent pas au rendement du footballeur. Le gardien doit apprendre à vivre seul face au danger, en s’isolant de ces circonstances pour prendre du plaisir à jouer. Le travail psychologique est toujours conseillé, mais encore plus s’agissant des gardiens.

Texte: José Carrascosa (@sabercompetir) y Xavi Oliva (@XaviOliva)
Photo: Offside