(Pas) vu, pas pris

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La photo date de 2006, mais rappelle les suspicions qui frappent le sport depuis quelques mois. De gauche à droite, on trouve un ex-président du Real Madrid accusé d’avoir manipulé les votes d’une assemblée générale, un joueur filmé pendant qu’il se dopait, et un directeur sportif auteur de transferts plutôt sombres.

L’image de Fabio Cannavaro prenant une dose de néoton, la créatine injectable, avant une finale européenne en 1999 a fait le tour du monde. A ce moment-là, cette substance n’était pas encore interdite par voie intraveineuse. Le joueur italien échappait donc à la sanction et se voyait même récompensé par le ballon d’or un an plus tard. Son club, la Juventus, ainsi que la Fiorentina et la Lazio, étaient rétrogradées la même année en Série B pour corruption, mais le défenseur central napolitain signait un beau contrat au Real Madrid. Un destin diamétralement opposé à celui de Jacques Glassman, traité de “balance”, sifflé dans de nombreux stades et rapidement tombé dans l’oubli.

La justice espagnole n’est pas allée au bout de l’affaire Puerto: un an de prison pour le médecin Eufemiano Fuentes, et quatre mois pour le préparateur physique Ignacio Labarta. Aucun des deux ne séjournera en prison car les peines inférieures à deux ans ne donnent pas lieu à des détentions en Espagne. Tous les autres ont été acquittés, et la juge a refusé de remettre à l’Agence Mondiale Antidopage les 200 poches de sang et plasma saisies en 2006 par la guardia civil. Aujourd’hui, on attend toujours les résultats d’enquête sur les matchs internationaux truqués ou sur le Qatargate. Ou pas. Les fans ne veulent pas voir tomber leurs idoles. Ils sont même prêts à croire que Carl Lewis était “positif mais pas dopé” ou qu’Alberto Contador avait mangé de la viande contaminée par des anabolisants. Mais à trop vouloir tuer le messager, on pourrait finir par tuer le sport.