NATALIA VERBEKE: “En France, les rôles féminins sont très soignés et ont une autre dimension”

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Natalia Verbeke

Le talent de Natalia Verbeke la rend inclassable. Femme fatale, journaliste, lesbienne, boxeuse, femme de ménage… Elle s’adapte à tous les rôles, avec cette capacité innée pour leur donner une touche de charme très personnelle. Mais elle n’est ni une séductrice cliché ni une muse underground. Le style de Natalia est unique, même si elle avoue qu’elle aimerait ressembler à Carmen Maura.

Vous êtes très connectée avec trois capitales: Buenos Aires, Madrid, Paris… Qu’aimez-vous le plus et le moins chez chacune d’elles?
J’aime les journées ensoleillées et l’esprit ludique des madrilènes, leur facilité pour sortir en terrasse juste pour boire un verre. Je regrette cependant que la ville soit un peu sale. J’apprécie Buenos Aires pour ses habitants, similaires aux madrilènes, et pour ses librairies ouvertes toute la nuit. Ce que j’aime le moins, c’est leur façon de conduire, j’ai toujours l’impression que je risque de me faire écraser. Paris me fascine, c’est tout simplement la plus belle ville du monde. Je ne me lasse pas de me promener sur les quais de la Seine… Pour lui trouver un défaut, disons que les parisiens sont parfois un peu distants.

Comment avez-vous vécu votre premier tournage en France, Les Femmes du sixième étage?
J’ai eu une très bonne entente avec Fabrice Luchini. Son sens de l’humour est très tranchant, mais j’avais du répondant et nous rions beaucoup. Je pense que c’est ce qui lui plaisait chez moi. Fabrice a été très généreux avec nous, et c’est vraiment très simple de travailler avec un si bon acteur.

¿Etiez-vous déjà attirée par la culture française?
Oui. Non seulement je suis littéralement amoureuse de Paris, mais j’aime beaucoup le cinéma français, surtout les rôles de femmes. Dans le cinéma français, les personnages féminins sont très soignés et ont une autre dimension. Je disais souvent à Carmen Maura que je rêvais de travailler en France. Mon rôle dans les Femmes du sixième étage était comme une consécration.

¿La présence de Carmen Maura vous a-t-elle aidé pour cette première expérience en France?
J’avais déjà travaillé avec elle lors de mon deuxième film, et elle était une sorte de marraine pour moi. Elle me disait toujours “ici tu dois crier, ça suffit…”. Elle m’a appris beaucoup de choses du métier et à me faire respecter. Elle m’a soutenu sans cesse durant le tournage en France. En plus, c’était vraiment une chance de tourner avec autant d’actrices espagnoles. Tout était plus facile, j’avais toujours quelqu’un avec qui parler, contrairement au tournage de la série Jeu de Dames, où je ne connaissais personne. En plus, j’adore et admire Carmen, qui m’a donné une foule de petites astuces pour mener ma vie quotidienne à Paris (rires).

¿Quel genre de petites astuces?
Par exemple, on a tendance à t’ignorer dans les commerces quand on entend l’accent espagnol. Mais quand tu hausses le ton, on te dit même merci! Malheureusement, c’est comme ça…

¿Comment imaginez-vous la suite de votre carrière?
Carmen Maura est ma grande référence. C’est une personne formidable, avec un sens de l’humour impressionnant. Professionnellement, elle préserve l’émerveillement de ses débuts, et possède un regard de petite fille capable de dérouter n’importe qui.

Vous n’avez jamais joué un rôle de “vraie méchante”…
(elle adopte une expression de méchante). Non, mais j’espère bien en avoir un. Ce genre de personnages son les plus prisés par les acteurs.

Quel personnage de ce type vous a marqué
Il y en a beaucoup, mais Cruela de Vil des 101 Dalmatiens me paraît fascinante, tout comme la Marquise de Merteuil dans Les liaisons dangereuses, même si l’on finit toujours pas trouver un côté vulnérable au personnage.

Etes-vous superstitieuse?
Je sais que c’est un peu bête, mais j’évite la couleur jaune. C’est une manie assez courante chez les acteurs.

Quels sont vos acteurs favoris?
Meryl Streep et Daniel Day-Lewis.

“Carmen Maura est ma grande référence”

Un voyage inoubliable?
Le Perito Moreno, à Calafate. Voir ce glacier, c’est spectaculaire, une telle merveille de la nature est à peine croyable.

Vous avez quitté l’Argentine pour l’Espagne à l’âge de onze ans, deux pays en transition…
J’étais terrifiée. Quand tu es enfant, il n’y a aucune prise de décision, tu suis tes parents. Tu quitte ta famille, tes amis et ton pays, ce qui est très compliqué car, nous, les Argentins, sommes très patriotes (rires). En plus, je pensais qu’en Espagne tout le monde aimait la tauromachie et les volants des robes de flamenco, et ce cliché me faisait peur. A mon arrivée, je trouvait étrange l’accent des gens et leur manière de parler si fort, je pensais que tout le monde me criait dessus.

Vous êtes arrivée en pleine movida madrilène…
Oui, j’avais peur d’aller au quartier de Chueca, et maintenant j’y vis! (rires). A l’époque, ce quartier vivait une période compliquée, les gens se droguaient dans la rue, je n’avais jamais vu ça… L’héroïne était omniprésente, maintenant c’est différent.

Avez-vous des souvenirs de la dictature argentine?
Oui. Je ne me souviens pas de la dictature elle-même, mais de cette sensation de peur. Tous les jours, il se passait quelque chose et le gouvernement tentait de dévier l’attention. De nombreuses disparitions se justifiaient par la soi-disant présence d’un assassin en série dans le quartier. Je me souviens de ces annonces du type “avis à la population, soyez vigilants, certaines personnes sont portées disparues”… Je suis née et j’ai grandi entourée par la peur.

¿Que ressentez-vous quand vous allez en Argentine?
J’y vais peu car cela me touche beaucoup, il y a un grand mélange d’émotions. Lorsque j’arrive là-bas, une sensation de nostalgie m’envahit, je me demande comment aurait été ma vie si je n’étais pas partie… Chaque fois que je revois ma famille là-bas, je me demande si je dois rester ou partir.

¿Aimeriez-vous retourner vivre en Argentine?
C’est une question difficile, mais je crois que je me sens un petit plus madrilène maintenant. Mes parents pensaient retourner un jour là-bas, mais ils n’avaient pas imaginé que leurs enfants resteraient. Ils sont attirés par leur pays, mais plus par leurs trois enfants. Nous sommes adultes, mais ils ne veulent pas s’éloigner. Et moi je ne veux pas qu’ils partent, nous leur ferons du chantage émotionnel s’il le faut (rires).

Faites-vous du sport?
Je me déplace beaucoup à vélo. J’ai aussi un entraîneur personnel pour faire de l’aérobic une heure et demi par jour. Cela m’aide à décompresser, je me sens bien quand je fais du sport. J’ai pratiqué la danse pendant tellement d’années que je ne conçois pas de ne rien faire.

Quand avez-vous décidé de devenir actrice plutôt que danseuse?
J’aime danser, mais j’ai toujours voulu être actrice. J’ai eu un déclic en voyant “Autant en emporte le vent” (rires). Pas pour le film lui-même, mais pour l’actrice Vivian Leigh. J’étais fascinée par ses tenues, son caractère, sa force… Toute petite, je voulais être comme elle. J’aime aussi beaucoup lire, depuis mon plus jeune âge, et je me projetait toujours dans les personnages de romans.

Aimez-vous le football?
Très franchement, non. Les hommes en short son plutôt sexy, mais je ne tiens pas plus de trois minutes devant un match. Je suis allée très souvent au Vicente Calderon car j’avais un fiancé supporter de l’Atletico Madrid. C’est pour cela que je me définis comme supportrice de l’Atlético et de River Plate.

Etes-vous allée au stade Monumental de River aussi?
Non. J’ai un cousin, Sergio Zorrati, qui est juge de touche en Argentine. Chaque fois que River et Boca s’affrontent, il sort escorté par la police. Il m’interdit d’aller au stade car il y a trop de violence.

Texto: Román Bellver
Fotos: Juan Naharro