KEYLOR NAVAS: « Nous voulons recréer l’exploit de 1990 »

99

Conejo avait fait sensation dans les buts du Costa Rica lors de la Coupe du Monde de 1990. Son élève, Keylor Navas, est tout aussi humble qu’ambitieux. Le gardien de but de Levante, sur les tablettes de plusieurs clubs européens, n’est pas effrayé par « le groupe de la mort » et rêve d’un exploit.

Texte et photos: Roman Bellver (@Romanbellver)

Comment avez-vous décidé de devenir gardien?
Mon père jouait au football et on était allé le voir. Juste avant, il y avait un match pour enfants et un gardien avait fait un bel arrêt. J’avais cinq ans, mais l’image est restée gravée dans mon esprit, et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi d’être gardien.

Est-ce le légendaire Luis Gabelo Conejo qui vous a repéré?
Oui, je ne suis pas de la capitale mais de Pérez Zeledón, au sud. Il y avait des sélections régionales de joueurs âgés de 14 ans maximum à partir desquelles était composée la sélection nationale des moins de 15. C’est là que j’ai connu Luis Gabelo Conejo. Avec Fran Carrillo, qui était jusque-là mon entraîneur, il a joué un rôle décisif dans ma carrière.

Conejo est-il encore votre mentor ?
Oui, nous sommes très liés et ses conseils son précieux. Je l’ai évidemment consulté avant mon arrivée en Espagne, et il m’apporte toujours un gros soutien psychologique. Je peux aborder tous les sujets avec lui et, grâce à son expérience, il connaît bien les inquiétudes des gardiens. Il est toujours très présent et m’aide à être meilleur sur le terrain et en-dehors.

L’échauffement et le dernier entraînement sont-ils les moments les plus importants pour un gardien avant un match?
Il ne faut pas être superstitieux. Bien me préparer lors de chaque séance d’entraînement et d’échauffement, c’est ce qui me donne confiance. C’est ce qui me permet de prendre plaisir et de jouer sereinement les matchs.

Vous souvenez-vous d’un match avant lequel vous étiez particulièrement nerveux, stressé?
Surtout à mes débuts. Je me souviens de mes premiers matchs en Première Division au Costa Rica, je sentais des « papillons dans l’estomac », comme on dit ici. Cela s’est reproduit quand j’ai débuté avec l’équipe nationale. Parfois, je ressens encore ces papillons dans l’estomac avant un match, mais c’est quelque chose de normal, d’humain. J’ai toujours géré cette situation avec calme et confiance.

Est-il plus difficile pour un gardien d’assumer la possibilité d’une erreur?
C’est quelque chose qui peut arriver à tout moment, mais il ne faut pas y penser. Si je commets une erreur lors d’un match, je l’oublie, la mets de côté. Le match continue et l’erreur a été faite, il y aura le temps de l’analyser plus tard. Il faut toujours se concentrer, c’est la clé pour être constant.

Comme Luis Gabelo, vous priez avant les matchs. Que demandez-vous?
Depuis que j’ai 8 ans, je demande la même chose: que Dieu me vienne en aide afin que tout se passe bien, qu’il n’y ait aucun blessé grave, gagner et nous maintenir en bonne santé.

Quel aspect de votre jeu pensez-vous avoir le plus amélioré au cours de ces dernières années?
Sans aucun doute, l’aspect mental. Je venais d’être titulaire au Costa Rica et à Albacete et j’ai été remplaçant durant un an et demi au Levante. On en vient à se demander si tant d’efforts valent la peine quand l’entraîneur ne vous fait pas confiance. Me concentrer sur le travail quotidien m’a renforcé mentalement. Dieu et ma famille m’ont aidé à être fort, à surmonter cette mauvaise passe.

La patience est-elle un facteur clé?
Oui, il faut être patient. Il faut savoir prendre sur soi, s’isoler un peu du football et essayer de profiter des privilèges que l’on a. On a tendance à ne pas valoriser ces choes et à ne pas en profiter.

Aviez-vous des idoles?
Quand j’étais petit, j’aimais Lester Morgan, le gardien du Costa Rica. J’ai ensuite commencé à prêter attention à tous les gardiens. Beaucoup ont des qualités spectaculaires et j’essaye de prendre le meilleur de chacun d’entre eux pour progresser de plus en plus.

« En Europe, il y a plus de chances que les tirs soient cadrés »

Il s’agit de votre premier mondial: Comment vous sentez-vous? Impatient? Nerveux?
Je me sens très serein et avec plein d’émotion. Être dans une Coupe du Monde est le rêve de tout enfant, mais je demande seulement à Dieu d’être en bonne santé pour pouvoir me donner à fond. L’effort quotidien est la clé du succès. Et la seule chose dont on a besoin pour s’efforcer, c’est d’être en bonne santé.

Vous aviez 4 ans lorsque le Costa Rica a atteint les quarts de finale de la Coupe du Monde de 1990: Parle-t-on toujours de cette exploit?
Bien sûr, il s’agit du meilleur Mondial de l’histoire du Costa Rica. Nous voulons écrire une page de l’histoire au Brésil. Il ne s’agit pas de remplacer l’exploit de 1990, mais que le peuple costaricien se sente fier d’autres générations, qu’ils se rappellent aussi de nous…

Dans le groupe il y a beaucoup de demi-finalistes du Mondial de moins de 20 de Quito…
Oui, cela prouve que l’on a de jeunes joueurs talentueux. Ceux qui sont plus âgés essayent de leur apporter leur expérience, d’autant plus que certains ont déjà joué une Coupe du Monde. Ce mélange fait de nous une équipe unie, forte et très saine.

Italie, Angleterre, Uruguay, Costa Rica. On dit qu’il s’agit du «groupe de la mort”. Qu’avez-vous pensé lors du tirage au sort?
Pour faire de grandes choses il faut jouer contre de grandes équipes. Nous savons que ce sera très compliqué, mais nous avons la possibilité de transformer ce tirage au sort en un grand défi. Tout en respectant les adversaires, nous allons jouer pour gagner avec le cœur.

Une troisième place en poule serait une déception pour les fans costariciens ?
Je pense que tout le monde est conscient de la difficulté du groupe, mais le pays tout entier a le même espoir que nous de se qualifier pour les huitièmes. Bien sûr, si nous sommes éliminés dans les poules, la tête haute, après avoir bien joué, les Costariciens seront compréhensifs…

Vous êtes sur les tablettes de nombreux clubs européens. Seriez-vous frustré de ne pas vous tester dans un autre championnat avant la fin de votre carrière ?
Non. Je suis très heureux en Espagne, on vit très bien ici. Néanmoins, en tant que joueur, je suis conscient que je suis en Europe pour le football, pour mon travail. Tous les joueurs du monde savent quelles sont les trois meilleurs ligues du monde, et n’importe quel joueur aimerait évoluer dans l’une d’entre elles. Évidemment, si un autre championnat m’offre la possibilité de progresser dans ma carrière, je n’aurais aucun problème à changer de pays.

« Etre remplaçant pendant un an et demi m’a rendu plus fort mentalement »

Quelles différences y a-t-il pour un gardien de but entre l’Amérique du Sud et le football européen?
En Europe, il y a plus de chances que les tirs soient cadrés. Les joueurs sont à la fois précis et rapides dans l’exécution. Les terrains sont toujours humides, du coup la balle va vite. De plus, le rythme de jeux est plus élevé. Tout cela exige un très haut niveau de concentration.

Envisagez-vous de rester en Europe à la fin de votre carrière ?
Il ne faut jamais dire jamais… Mais, en principe, mon but est de retourner au Costa Rica pour profiter de ma famille et de mes amis. J’aimerais compenser toutes ces années passées à l’étranger. Je suis ici avec ma femme et mon fils, le reste de la famille est là-bas.

Vous imaginez-vous entraîneur ?
Pas vraiment. Le football, c’est fantastique, mais je privilégie le temps passé avec ma famille. On entraîne du lundi au samedi et on joue le dimanche. Je veux d’abord retrouver ce temps libre… Après je pourrais envisager de rester lié au football, parce que j’aime beaucoup ce sport.

Qu’est-ce qui vous manque le plus du Costa Rica?
Les réunions familiales et d’amis autour d’un bon repas.

Quel est le plat typique?
Le « gallo pinto », un petit-déjeuner à base de riz, haricots noirs et œuf. C’est un plat assez consistant.

Peut-on s’entrainer après avoir mangé un gallo pinto?
(Rires). Bien sûr ! Le corps humain s’adapte à tout. Au Costa Rica, c’est un plat qui se mange tous les jours et il n’y a aucun problème. Cela surprend parfois les gens en Europe, mais là-bas on mange du gallo pinto tous les jours et on ne grossit pas.

Lire aussi :

CONEJO : Le héros du Costa Rica

Conejo-EFE