IVAN RAKITIC: “Je respecte les homosexuels, mais je ne veux pas de ces gens-là dans mon équipe”

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Ivan Rakitic a joué l’Euro 2008 âgé d’à peine 20 ans. Arrivé à Séville à la mi-saison 2011, il est vite devenu indispensable. Son adaptation immédiate se doit à ses deux qualités, qui sont aussi ses défauts: un caractère bien trempé et les idées claires.

Texte: Román Bellver (@Romanbellver)
Photo: Niccolo Guasti

A Bâle, vous avez joué plutôt sur l’aile ou en attaque, puis comme milieu offensif à Schalke. Dans le Séville de Michel vous avez retrouvé cette position: quelle est votre préférence?
Cela dépend du système de l’entraîneur. Je m’adapte aux nécessités de l’équipe, je sais aussi participer aux tâches défensives. Mais j’avoue que je me sens plus à l’aise dans l’axe.

Vous êtes né en Suisse de parents Croates. Après avoir joué avec les équipe de jeunes de la sélection suisse, vous avez finalement choisi la Croatie. Pourquoi?
Ce n’était pas une décision agréable car une partie de mon coeur est suisse… Mais ma famille et mes meilleurs amis sont croates, et j’ai toujours passé mes vacances là-bas. Quand la possibilité s’est présentée, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Avez-vous réellement reçu des menaces de mort pour ce choix?
Oui, c’est incroyable que les gens prennent les choses comme ça, et encore plus en Suisse. Avec ma famille, nous avons passé des moments difficiles, mais je ne regrette pas mon choix. Je me sens Croate.

Quelles sont les différences entre la Liga et la Bundesliga?
En Espagne, le football est plus technique, bien plus adapté à mes caractéristiques, mais j’ai quand même eu besoin de temps pour m’adapter: apprendre une nouvelle langue, connaître tes coéquipiers, s’adapter aux exigences de l’entraîneur…

Pourquoi avez-vous quitté Schalke?
Cela a surpris beaucoup de gens. J’ai vécu trois années formidables là-bas, ils voulaient prolonger mon contrat, mais je voulais un changement dans ma carrière. J’avais besoin de m’essayer dans un autre championnat, et l’Espagne était ma
probar otra liga, otro estilo de fútbol, y España era mi primera opción.

“Felix Magath est l’entraîneur qui m’a appris le plus de choses dans ma carrière”

Felix Magath est-il vraiment aussi strict? On disait que ses entraînements étaient très physiques et exigeants…
(rires)… Disons qu’en Allemagne les entraîneurs sont plus durs, plus disciplinés. Même si ses entraînements sont très exigeants physiquement et psychologiquement, Felix Magath est l’entraîneur qui m’a appris le plus de choses dans ma carrière.

Vous avez aussi côtoyé Raúl Gonzalez…
Raul est une machine à football, et il n’y a pas de mots pour décrire sa personnalité. C’est un excellent coéquipier, toujours là pour te soutenir ou te conseiller. Et il s’entraîne avec l’intensité d’un débutant.

Qui était votre idole footballistique?
Robert Prosinecki, sans aucun doute. Peu de joueurs peuvent afficher une technique aussi incroyable.

Parlons de l’Euro… Quel est l’objectif de la Croatie?
C’est un groupe difficile, c’est pourquoi il faut bien débuter face à l’Irlande. Affronter l’Italie avec trois points en poche nous placerait en position de force. Notre équipe est talentueuse, jeune, et dirigée par un bonne entraîneur. Il ne faut pas se fixer d’objecifs, mais s’entraîner à fond et ne renoncer à rien.

Comment battre l’Espagne?
Avec un super gardien (rires). L’Espqgne est de loin la meilleure équipe du monde, mais rien n’est impossible. Si nous jouons ce match avec 4 ou 6 points en poche, nous serons plus lâchés. Avec tu travail, de la conviction et un peu de chance, nous pouvons battre l’Espagne.

Le sélectionneur Slaven Bilic a joué la demi-finale de 1998 contre la France. La Croatie menait 0-1 mais s’incline finalement avec un doublé surprenant de Lilina Thuram: Quels sont vos souvenirs de ce match?
Je l’ai vu en Suisse avec mes parents et mes amis. Les Croates n’oublieront jamais ce match. Nous étions tous euphoriques et tout d’un coup deux buts… Le football est ainsi: tout peu basculer subitement sur une action et un coup du sort…

Slaven Bilic vous a-t-il parlé de ce match?
Bien sûr, et pas seulement lui… D’autres membres du staff aussi, comme Asanovic ou Prosinecki. La Croatie avait très bien joué ce match, avait tout pour aller en finale, mais la chance lui a tourné le dos.

Jusqu’où peut arriver la Croatie?
Je suis persuadé que nous atteindrons au mois les quarts.

Qu’aimez-vous faire en dehors du football?
Rien, parce que je ne pense qu’au foot (rires)… Au collège, quand les professeurs nous posaient la question, mes amis disaient jardinier, policier, médecin… Moi je disais footballeur. J’allais toujours au collège avec mon ballon.

Avez-vous étudié avant de devenir pro?
J’ai fait des études d’architecture durant sept mois, avant de me consacrer exclusivement au football. Je ne m’imaginais pas dans un bureau, mais je reprendrai peut-être mes études quand j’arrêterai de jouer.

L’année dernière, la FIFA a sanctionné Vlatko Markovic, prése¡ident de la Fédération de Football Croate pour avoir déclaré “il est hors de question qu’un homosexuel joue en équipe nationale” et que “bien heureusement, le football n’est pratiqué que par des personnes saines”. Qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà eu un coéquipier homosexuel?
Je respecte les homosexuels, mais je ne veux pas de ces gens-là dans mon équipe. Je ne quitterais pas une équipe pour ça, car je respecte autant un homosexuel qu’un noir, un gros ou un nain, mais je préfère ne pas avoir de gays dans mon entourage.

*Interview publiée en mai 2012