Bernard Lama: «Les gardiens ne savent plus attraper un ballon»

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Bernard Lama raconte le “chambrage” du Real Madrid qui avait mobilisé le PSG pour l’exploit du match retour de 1993. Il analyse aussi les gardiens actuels et revient sur certains aspects de sa carrière.

Par Roman Bellver (twitter @Romanbellver)

(deuxième et dernière partie de l’interview)

A quelques jours du Real Madrid-PSG, tout le monde se souvient de la “remontada” parisienne de 1993…
C’est le mental qui a fait la différence. Après avoir perdu le match aller 3-1 avec un penalty discutable, on se fait chambrer par plusieurs joueurs du Real. Après ce manque de respect, nous étions décidés à éliminer le Real. Nous nous sommes réunis la veille pour se remonter. On avait demandé au coach de jouer avec un attaquant supplémentaire, Amara Simba, pour épauler Weah. Artur Jorge avait fait son travail tactique, mais on s’est chargé du reste sur le terrain. On les a bouffés. Quand le joueurs du Real marquent en fin de match, ils pensaient nous tuer, mais pour nous il était hors de question de jouer les prolongations. Kombouaré met ensuite son fameux but de la tête dans les arrêts de jeu…

Yannick Noah vous a ensuite aidés à travailler le mental lors de la finale de la Coupe des Coupes de 1996…
En général, on utilisait très peu la psychologie dans le sport français. C’est pour ça que Yannick est arrivé avec pour la finale: le moment etait particulier, l’environnement et les relations en interne n’étaient pas bonnes. Michel Denisot a demandé à Yannick de jouer le rôle du grand-frère, celui qui rassure, libère, à un moment où on manquait de sérénité. Il y avait des conflits avec Luis Fernandez, ça ne passait pas avec certains joueurs et Noah nous a aidés. C’etait le pretexte pour aller boire un verre à l’exterieur, chanter un peu avec lui, discuter, méditer, faire un peu de yoga…

On a l’impression que les gardiens ne bloquent plus la balle…
Ce n’est pas qu’une impression, c’est flagrant! Aujourd’hui on veut qu’ils soient des gardiens de handball, ils ne sont pas réellement positionnés pour attraper les ballons. Pendant toute ma carrière je me suis battu pour que les journalistes distinguent une parade d’un arrêt. Aujourd’hui, plus personne ne parle de parade. On dit «superbe arrêt», mais le ballon est toujours en jeu et il y a encore danger. Quand on fait un saut de crapeau pour mettre le ballon au-dessus de la barre et qu’on prend un but derrière sur le corner…

Cela est d’autant plus inexplicable qu’ils sont en moyenne plus grands…
Ils sont plus grands et costauds, mais pas forcément meilleurs. Le problème des gardiens actuels est qu’ils sont seulement gardiens de but. Ils savent jouer au pied, mais ce ne sont pas des joueurs de football, ils ne comprennent pas le jeu. Le gardien a plusieurs facettes: il est le dernier defenseur, mais aussi le premier attaquant. Sur une relance on élimine entre 80 et 90% de l’équipe adverse.

Quels sont les autres défauts des gardiens actuels?
Ils arrivent tous face à l’attaquant avec les jambes grandes ouvertes et les bras écartés, et prennent ainsi systématiquement des buts entre les jambes. On voit souvent qu’ils ne savent pas plonger… Par exemple, le gardien du Barça plonge rarement. Quand Ter Stegen plonge et qu’on observe sa detente, c’est presque risible. Il fait des parades, pas des arrêts. Il est là pour se mettre en opposition avec l’adversaire, pas pour arrêter le ballon. Moi j’etais là pour arrêter le ballon, pas pour me mettre en opposition, je ne me mettais pas debout à attendre que l’attaquant me crucifie.

Quels sont les gardiens actuels qui vous plaisent?
Il n’y en a pas beaucoup (rires). Neuer a son propre style, défend bien son but et sort bien sur les balles aériennes. J’aime bien aussi Courtois et Oblak, mais ils ne sortent pas assez sur les balles aériennes. Les gardiens ne sont plus maîtres de leur surface de réparation. Mais je pense que c’est aussi dû à leur taille. Quand on mesure deux mètres, on se déplace moins facilement que quand on fait 1m85, la tonicité et les appuis ne sont pas les mêmes.

Avez-vous un regret dans votre carrière?
Mon seul regret, c’est Barcelone. Il y avait des contacts et j’aurais été le bon gardien pour le Barça. J’avais cette qualité de jeu au pied qui est si importante pour eu dans la relance. Mais des agents ont travaillé pour créer de grosses commissions. Avec tous mes respects, aller chercher Vitor Baia pour 40 millions de francs de l’époque… J’avais les boules après l’Euro, mais je suis heureux d’avoir joué huit ans au PSG.

Quel est votre rôle actuel dans le football guyanais?
Je suis Vice-president de la Ligue. Je me consacre au développement, à la mise en place de centres de formation et à l’integration à la FIFA. La FFF nous donne 4.000 euros pour gérer 7.000 licenciés. Donc je m’oriente à créer nos propres ressources. Là, pour le coup, il faudrait une forme d’indépendance.

Une Sélection de Guyane est-elle nécessaire?
Oui, ce qui ne ferait pas de mal à la France, bien au contraire. Avec de bonnes structures de formation chez nous, le niveau pourrait s’élever pour fournir de meilleurs joueurs à la Ligue 1. Mbappé, Fekir, Payet, Varane jouent en équipe de France… Les joueurs qui ont la double nationalité choisissent le pays d’origine de leurs parents lorsqu’ils n’ont pas le niveau pour jouer en Équipe de France: Zidane ou Benzema n’ont pas choisi l’Algérie. Il y a très peu de Français de souche à Clairefontaine.

Lire la deuxième partie de la l’interview:

Bernard Lama: «La Guyane vit un génocide par substitution»